Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs.

Marshall Rosenberg

Psychologue et médiateur

coucou

Marshall Rosenberg : l’homme qui a transformé les conflits en dialogues

Comment parler sans blesser ? Comment exprimer sa colère sans détruire la relation ? Comment écouter l’autre même quand tout en vous résiste ? Marshall Rosenberg a passé sa vie à répondre à ces questions — et sa réponse, la Communication Non Violente (CNV), est aujourd’hui enseignée dans les écoles, les prisons, les hôpitaux et les entreprises du monde entier.

Psychologue clinicien, médiateur dans des zones de conflit armé, fondateur du Centre pour la Communication Non Violente (CNVC), Marshall Rosenberg a développé une méthode à la fois simple et révolutionnaire pour transformer notre manière de communiquer. Son ouvrage majeur, Les Mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) (Nonviolent Communication: A Language of Life), est devenu une référence mondiale.

Son intuition fondatrice : derrière chaque jugement, chaque reproche, chaque explosion de colère, il y a un besoin non satisfait. Si vous apprenez à identifier ce besoin — chez vous comme chez l’autre — vous ouvrez la porte à une connexion authentique, même dans les situations les plus tendues.

Une enfance marquée par la violence

Marshall Bertram Rosenberg naît en 1934 à Canton, dans l’Ohio, aux États-Unis. Sa famille s’installe ensuite à Detroit, dans le Michigan. Le jeune Marshall grandit dans un contexte de fortes tensions raciales : en 1943, des émeutes raciales éclatent à Detroit, faisant des dizaines de morts. Pendant plusieurs jours, la famille Rosenberg reste confinée chez elle, terrifiée.

À l’école, le garçon fait l’expérience directe de la violence verbale et physique. Parce qu’il porte un nom juif, il est régulièrement la cible d’insultes et de coups. Ces expériences de la haine et de l’incompréhension laissent en lui une empreinte indélébile — et font naître deux questions qui orienteront toute sa vie : Pourquoi certaines personnes prennent-elles plaisir à faire souffrir les autres ? Et pourquoi d’autres personnes, même dans les pires circonstances, restent-elles capables de bienveillance ?

La formation : Carl Rogers et l’écoute empathique

Ces interrogations le mènent naturellement vers la psychologie. Marshall Rosenberg obtient un doctorat en psychologie clinique à l’Université du Wisconsin, où il a le privilège d’étudier sous la direction de Carl Rogers, l’un des fondateurs de la psychologie humaniste. Rogers est célèbre pour son approche centrée sur la personne, qui place l’empathie et l’écoute inconditionnelle au cœur de la relation thérapeutique.

L’influence de Rogers sur Rosenberg est considérable. De son maître, il retient une conviction essentielle : c’est la qualité de la connexion humaine qui guérit, bien plus que les techniques ou les diagnostics. Mais Rosenberg veut aller plus loin. Il ne se contente pas de créer de l’empathie dans le cadre protégé d’un cabinet de psychologue. Il veut développer un langage, une méthode concrète que tout le monde puisse utiliser — au travail, en famille, dans la rue, et même dans les zones de guerre.

La Communication Non Violente : quatre étapes pour transformer le dialogue

La CNV, que Rosenberg développe au fil des années 1960 et 1970, repose sur un processus en quatre étapes d’une élégante simplicité :

  • L’observation — Décrire les faits concrets, sans jugement ni interprétation. Non pas « Tu es toujours en retard » (jugement), mais « Tu es arrivé à 9h30 alors que notre rendez-vous était à 9h » (observation).
  • Le sentiment — Exprimer ce que vous ressentez face à cette observation. Non pas « Je me sens agressé » (qui est en réalité une interprétation du comportement de l’autre), mais « Je me sens frustré et inquiet ».
  • Le besoin — Identifier le besoin fondamental qui est à l’origine de votre sentiment. « Parce que j’ai besoin de fiabilité et de respect du temps de chacun. »
  • La demande — Formuler une demande claire, concrète et réalisable. Non pas une exigence, mais une véritable demande, que l’autre est libre d’accepter ou de refuser. « Serais-tu d’accord pour me prévenir si tu as du retard ? »

Ce processus peut sembler simple sur le papier. En pratique, il demande un profond travail sur soi. Car notre langage quotidien est truffé de jugements, de reproches et d’exigences déguisées. La CNV nous invite à désapprendre ces automatismes pour retrouver une communication authentique, connectée à ce qui est vivant en nous et chez l’autre.

Des salles de classe aux zones de guerre

En 1984, Marshall Rosenberg fonde le Center for Nonviolent Communication (CNVC), qui deviendra le véhicule principal de diffusion de la CNV à travers le monde. Mais Rosenberg ne se contente pas de former des thérapeutes ou des coachs. Il se rend là où la communication a échoué de la manière la plus tragique : dans les zones de conflit armé.

Il intervient en Israël et en Palestine, au Rwanda après le génocide, en Serbie, en Colombie et dans de nombreux autres pays déchirés par la violence. Dans ces contextes extrêmes, il anime des sessions où des personnes qui se considèrent comme ennemies apprennent à s’écouter — parfois pour la première fois. Les résultats sont souvent bouleversants : des hommes et des femmes qui entraient dans la salle avec de la haine plein le cœur en ressortent en ayant entendu, derrière les mots de l’autre, une souffrance qu’ils pouvaient comprendre.

Rosenberg aimait raconter ces histoires, non pour se glorifier, mais pour démontrer que la CNV fonctionne même dans les conditions les plus extrêmes. Si elle peut créer un pont entre un Israélien et un Palestinien, entre un Hutu et un Tutsi, elle peut certainement vous aider à mieux communiquer avec votre conjoint, votre adolescent ou votre collègue.

Un héritage vivant

Marshall Rosenberg s’éteint le 7 février 2015, à l’âge de 80 ans, à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Mais son héritage est plus vivant que jamais. La CNV est aujourd’hui pratiquée dans plus de 65 pays. Elle est intégrée dans des programmes scolaires, des formations en entreprise, des protocoles de médiation et des programmes de réinsertion en milieu carcéral.

Son approche fait écho à d’autres démarches centrées sur le bien-être émotionnel et la qualité de la relation à soi et aux autres, comme celles développées par Christophe André autour de la pleine conscience et de la gestion des émotions. Ces approches complémentaires partagent une même conviction : notre manière d’être en relation — avec nous-mêmes et avec les autres — est au cœur de notre bien-être.

Le livre Les Mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) reste l’ouvrage de référence pour découvrir la CNV. Son titre, magnifique, résume à lui seul la philosophie de Rosenberg : les mots que nous utilisons peuvent être des ouvertures vers l’autre — ou des murs qui nous séparent. À nous de choisir.

Ce que Marshall Rosenberg peut vous apporter

Si vous avez l’impression que vos conversations tournent souvent au conflit, si vous vous sentez incompris ou si vous avez du mal à exprimer vos émotions sans exploser, la CNV est un outil transformateur. Elle ne vous demande pas de devenir un saint ou de réprimer votre colère. Elle vous propose quelque chose de bien plus puissant : exprimer pleinement ce que vous ressentez, tout en restant connecté à l’humanité de l’autre.

Marshall Rosenberg nous rappelle que la violence — qu’elle soit physique ou verbale — est toujours l’expression tragique d’un besoin non satisfait. Quand vous comprenez cela, quelque chose change profondément dans votre regard sur les autres et sur vous-même. Vous ne voyez plus des « méchants » et des « gentils ». Vous voyez des êtres humains qui cherchent, maladroitement parfois, à satisfaire leurs besoins fondamentaux.

C’est dans cette compréhension que réside la promesse de la Communication Non Violente : non pas un monde sans conflit — ce serait une illusion — mais un monde où les conflits deviennent des opportunités de connexion plutôt que des occasions de destruction.

Citations de Marshall Rosenberg

Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs.
Chaque critique, chaque jugement, chaque diagnostic est l'expression tragique d'un besoin non satisfait.
Ce que je recherche dans la vie, c'est la bienveillance, un échange avec autrui motivé par un élan du cœur réciproque.
Ne faites jamais rien que vous ne fassiez par jeu.

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