Le monde se divise en deux catégories de gens : ceux qui lisent des livres et ceux qui écoutent ceux qui ont lu des livres.

Bernard Werber

Écrivain et peintre

coucou

Bernard Werber : l’homme qui murmurait à l’oreille des fourmis

À sept ans, Bernard Werber écrit sa première nouvelle — du point de vue d’une puce se baladant sur un corps humain. Quarante ans et plus de 30 millions d’exemplaires vendus plus tard, il n’a jamais cessé de regarder le monde par les yeux des autres : fourmis, anges, dieux, chats. Inventeur de la « philosophie-fiction », traduit en 35 langues, l’écrivain toulousain a construit une œuvre inclassable qui mêle science, spiritualité et récit d’aventure avec une ambition folle : élargir notre conscience en changeant de perspective.

Un gamin de Toulouse fasciné par les petites bêtes

Bernard Werber naît le 18 septembre 1961 à Toulouse, dans un foyer baigné de musique — sa mère est pianiste et le petit Bernard grandit avec Chopin et Debussy en fond sonore. Très tôt, il dessine compulsivement. Un enseignant repère son talent créatif et l’encourage. Mais c’est l’écriture qui l’emporte : à sept ans, il rédige Les aventures d’une puce, six pages vues depuis un insecte. Le regard décentré, cette capacité à se glisser dans la peau d’un être minuscule pour observer l’humanité de loin, est déjà là.

Au lycée, il fonde le journal Euphorie avec deux amis et découvre la science-fiction américaine — Asimov, Van Vogt, Lovecraft — ainsi que le rock progressif de Genesis et Pink Floyd. C’est aussi à cette période, en 1978, qu’il commence à écrire ce qui deviendra Les Fourmis, à partir d’un scénario de bande dessinée de sept pages. Il ne le sait pas encore, mais ce manuscrit va l’occuper pendant douze ans.

Douze ans pour écrire un chef-d’œuvre

Après le bac, le parcours universitaire de Werber est chaotique. Droit à Toulouse : deux échecs. Criminologie : un passage. Entretemps, il traverse les États-Unis en auto-stop, fonde une troupe de théâtre et s’impose une discipline d’écriture qui ne le quittera plus : quatre heures chaque matin, tous les jours, vacances comprises.

Il finit par intégrer l’École Supérieure de Journalisme de Paris et devient journaliste scientifique. Pendant sept ans, au Nouvel Observateur, il couvre des sujets qui nourrissent directement son roman en gestation : biologie, éthologie, intelligence collective. En 1983, un prix de journalisme finance un voyage en Côte d’Ivoire où il observe les fourmis Magnan dans leur milieu naturel. Chez lui, à Paris, il entretient une colonie de fourmis vivantes dans son appartement.

Les Fourmis est réécrit dix-huit fois. Dix-huit versions complètes, avec des intrigues à chaque fois différentes. En 1990, les éditions Albin Michel lui demandent de condenser le manuscrit de 1 463 pages à 350. Il s’exécute, ajoute les passages de lEncyclopédie du Savoir Relatif et Absolu — ces fragments de savoir mêlant science et philosophie qui deviendront sa signature littéraire — et le roman paraît en mars 1991. Le succès arrive par le bouche-à-oreille, lentement d’abord, puis de manière irrésistible. Les critiques littéraires parisiens, persuadés que l’auteur est américain, tardent à s’y intéresser. Le public, lui, n’attend pas leur permission.

Le bâtisseur de mondes

Avec Les Fourmis naît un univers. Le Jour des fourmis (1992) et La Révolution des fourmis (1996) complètent la trilogie et installent Werber comme un phénomène éditorial — sept millions d’exemplaires pour la seule saga des fourmis, dont quatre millions en France.

Mais Werber ne veut pas rester l’écrivain des insectes. En 1994, Les Thanatonautes explore la mort et l’au-delà à travers des « explorateurs du continent des morts ». En 2000, L’Empire des anges — plus de deux millions d’exemplaires vendus rien qu’en Russie — poursuit cette exploration métaphysique. Puis vient le Cycle des dieux (Nous les dieux, 2004 ; Le Souffle des dieux, 2005 ; Le Mystère des dieux, 2007), où des humains apprennent à gérer des civilisations entières sur une planète-école.

Chaque cycle ouvre une porte différente : l’infiniment petit avec les fourmis, l’après-vie avec Les Thanatonautes, la création avec les dieux, l’évolution avec Troisième Humanité (2012-2014), la cohabitation inter-espèces avec la trilogie des Chats (2017-2020). Et à chaque fois, le même fil rouge : qu’est-ce qui fait de nous des êtres conscients, et comment élargir cette conscience ?

L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu

Impossible de parler de Werber sans évoquer l’ESRA — cette encyclopédie fictive attribuée au Professeur Edmond Wells, personnage récurrent qui traverse plusieurs de ses cycles romanesques. L’idée est simple et ambitieuse : rassembler tout le savoir d’une époque en mêlant physique quantique et recettes de cuisine, entomologie et mythologie, mathématiques et méditation.

Dans les romans, ces passages encyclopédiques ponctuent le récit comme des respirations intellectuelles. Publiée comme ouvrage à part entière dès 1993, illustrée par Guillaume Aretos, l’ESRA est devenue un objet culte. Une nouvelle édition augmentée paraît en 2008, suivie d’un second tome en 2024. Pour Werber, le roman doit divertir mais aussi enseigner. L’Encyclopédie incarne cette double ambition : chaque lecteur repart avec des histoires, mais aussi avec des idées.

L’homme derrière les mondes

Bernard Werber vit à Paris, loin des projecteurs. Discret sur sa vie privée, père de famille, il cultive ses passions : l’astronomie, la civilisation maya, l’île de Pâques, les voyages. Il a traversé une dépression en 1995 — une parenthèse sombre pendant laquelle il s’est tourné vers la peinture avant de retrouver le chemin de l’écriture.

Son rapport à la critique littéraire française reste ambivalent. Trop populaire pour les cercles intellectuels, trop inclassable pour les rayons de science-fiction, Werber occupe un territoire à part. Lui s’en amuse et revendique sa philosophie des « quatre A » : autodidacte, agnostique, autonome, anarchiste. Quatre principes qui, comme les quatre accords d’un certain Don Miguel Ruiz, tiennent en quelques mots mais contiennent une vision du monde entière.

En 2024, son univers a franchi une nouvelle frontière avec Empire of the Ants, un jeu vidéo développé par Microids sur Unreal Engine 5, dans lequel Werber s’est personnellement impliqué. Une adaptation en série hybride live-action et animation de Les Fourmis, portée par UGC et le studio Xilam (nommé aux Oscars pour J’ai perdu mon corps), est également en préparation.

Plus de trente ans après la première fourmi, Bernard Werber continue d’écrire chaque matin, quatre heures durant, fidèle à la discipline du lycéen de Toulouse qui avait décidé un jour de regarder le monde depuis le sol — et qui, de là-bas, a fini par voir plus loin que la plupart d’entre nous.

Voici quelques livres de Bernard Werber

Trilogie des Fourmis

Cycle des Thanatonautes

Trilogie des Chats

Encyclopédies

Et tant d’autres, notamment des romans indépendants.

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